En chaire et en os

Homélies dominicales Billets spirituels Topos & cours Cinéma & Education Brèves recensions Notes en route Documents divers SC

Lc 3, 10-18 – III° DIMANCHE DE L’AVENT (13 DÉCEMBRE 2015)

Chaque année, à l’approche des fêtes de Noël, circulent sur internet des vidéos assez touchantes, celles de flash mob organisés dans le monde entier. Pour ceux qui ne connaissent pas le principe, un flash mob est un rassemblement apparemment spontané, (en réalité savamment organisé) au beau milieu d’un lieu public, destiné à briser la routine en créant une surprise générale. Il peut s’agir, par exemple, d’une chorégraphie. Celles que j’évoque sont à l’initiative de chrétiens désireux de faire entendre la bonne nouvelle de l’Évangile.

Au milieu d’un grand magasin grouillant de clients affairés, un chanteur entonne un chant de Noël; progressivement des dizaines de voix mélodieuses s’adjoignent, y compris du côté du public rapidement conquis ! Pendant quelques minutes de bonheur partagé, la course aux cadeaux suspend son vol ; sur les lèvres et dans les cœurs, les cantiques sacrés bravent les interdits du laïcisme militant ! Mais, plus profondément encore, je pense que ces savoureux happenings, en suscitant, la plupart du temps, beaucoup de bienveillance, nous offrent une piste de réflexion pour essayer de répondre à une question déterminante : Existerait-t-il une joie spécifiquement chrétienne dont il importerait de reprendre conscience et qu’il s’agirait d’annoncer au monde, ces jours-ci ? Existe-t-il un chant éternel qu’on pourrait entonner en tous temps et aujourd’hui plus que jamais ?

La vraie joie

On répète souvent que l’évangélisation consiste à rejoindre les personnes là où elles sont, et c’est bien ce que font, avec humour, les organisateurs de ces manifestations. Justement, sans cesser de communier au climat festif des « fêtes de fin d’année » au creux de l’hiver… quelle joie particulière nous faut-il retrouver ? Au fond, en quoi consiste la vraie joie de Noël ?

La prière d’ouverture de la messe de ce 3ème dimanche de l’Avent vient de nous faire dire « Tu le vois Seigneur, ton peuple se prépare à célébrer la naissance de ton Fils : dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère »… C’est la joie d’un si grand mystère dont il s’agit bien ! Un joie plus grande, capable de donner plus de profondeur aux réjouissances les plus communes : c’est elle que notre foi doit discerner. Pour ce faire, deux mots suffisent. Deux expressions propres au christianisme et d’abord à l’Écriture Sainte ! Il s’agit de la grâce et de la gloire. Un mot pour le présent, un mot pour le futur !

La grâce du Christ

C’est l’aide surnaturelle, que le Christ ressuscité offre à tout personne qui se tourne vers Lui dans la foi. Cette puissance n’est pas un secours seulement extérieur, il transforme celui qui le reçoit, on dit qu’il le transfigure. Or, comment le Tout-Puissant est-il parvenu à nous offrir cette aide ? En venant vivre parmi nous ! C’est le mystère de l’Incarnation qui proportionne la puissance divine à notre faiblesse : en se faisant chair, le Verbe communique sa grâce au cœur de l’humanité.

L’espérance que Dieu puisse un jour venir habiter à jamais au coeur de son peuple était déjà une source de joie : vous avez entendu l’enthousiasme du prophète Sophonie (3, 14-18) : « Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem… le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est Lui le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, Il te renouvellera par son amour ; Il exultera pour toi et se réjouira, comme aux jours de fête ». Une prophétie qui s’accomplit véritablement au jour de l’Annonciation lorsque Dieu revêtit notre humanité.

Depuis, Dieu est là. Il est pour toujours, au milieu de nous, près de nous et même en nous : et de ce mystère procède la grâce. Une présence qui change tout, une présence opérante ! Comme nul autre prophète, saint Jean-Baptiste, eut conscience de l’imminence et de la proximité du don de la grâce, qui atteint sa plénitude en Jésus-Christ !

À ceux qui lui demandent ce qu’il faut faire, il ne dit pas qu’on peut se tourner les pouces parce que le Sauveur est là ; bien au contraire, parce que la grâce est donnée nous pouvons vraiment vivre dans la charité et accueillir en tout homme notre frère ! Continue à accomplir tes devoirs de soldat sans verser dans la violence, contente-toi de ta solde, n’attends pas je ne sais quel miracle, mais provoque toi-même, avec la grâce de Dieu, le miracle de l’Amour, donne à qui te demande, partage avec ceux qui sont dans le besoin (cf. Lc 3, 10-15) !  Si Dieu est à mes côtés, je continue mon bonhomme de chemin, j’assure mon devoir d’état, mais tout change, au fond, car une force surnaturelle m’est donnée : la grâce divine !

Précisons qu’en premier lieu, la grâce délivre. Elle doit d’abord combattre et expulser le mal de ma vie, comme le dit encore Sophonie dans une parole que chacun pourrait prononcer après avoir reçu le pardon des péchés dans la confession : « Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi, Il a écarté tes ennemis ». C’est toujours à ce premier titre que la joie chrétienne s’exprime : Seigneur, rends-moi la joie d’être sauvé ! (Ps 50).

Cette expérience étant faite, la conviction, révélée, que Dieu demeure parmi u nous, par le royaume de sa grâce, fait que nous n’avons rien à craindre et que cette joie demeure. La vie reste fragile, nous restons en totale dépendance de Dieu : Et alors ? Pourquoi serait-ce une source d’affliction ? « Aimer c’est dépendre », avec joie ! Et dépendre tous les jours, pour dépendre, un jour, pour toujours !

La gloire divine

Justement, la joie chrétienne, procède aussi de la perspective de la gloire. Après la certitude de pouvoir bénéficier ici et maintenant du secours divin, je peux vivre dans l’espérance d’une transformation finale, définitive. Lorsque la grâce deviendra la gloire. Il s’agit bien de la même réalité, mais accomplie lorsque nous serons sortis du temps, que l’Histoire aura atteint son terme.

Le retour du Christ et le jugement final sont très réjouissants ! Devant le spectacle affligeant de l’injustice, de la multiplication des crimes, de tant de souffrances, devant le constat de la dégradation inéluctable de toute vie humaine et du monde entier, devant le mystère de tant de privations, de misères et de handicaps, devant la réalité consternante de notre propre péché… savoir qu’un grand ménage final est en préparation, quelle joie ! Devant la propagation, à l’instigation de fausses religions, d’une image épouvantable de Dieu, savoir que le vrai visage du Dieu vivant apparaîtra à la face des nations, quelle joie !

Une perspective que Saint Jean Baptiste nous décrit avec plus ou moins de poésie : « Le Messie tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas »….

La gloire, c’est le monde définitif de Dieu…non plus en option, mais en exclusivité ! Non plus cherché à tâtons par la foi, mais étreint et possédé par les élus – et perdu à jamais pour les infidèles, osons le dire. Savoir qu’un jour Dieu « essuiera toute larme de nos yeux, que la mort ne sera plus, ni deuil, ni cri, ni douleur car les premières choses s’en seront allées » comme l’annonce le Livre de l’Apocalypse, qu’il n’y aura plus que la gloire divine et l’humanité dans la splendeur de sa restauration, transfigurée par l’Amour, quelle heureuse perspective !

Gaudium sui generis

Bref, la conscience de pouvoir accueillir la grâce ici et maintenant (d’abord par le sacrement du pardon) et l’espérance de pénétrer un jour dans la gloire, c’est-à-dire la vie éternelle…donnent à la joie chrétienne une profondeur, un caractère absolument unique.

À la façon de ces chrétiens dont j’évoquais le courageux et joyeux témoignage, qui consiste à chanter la joie définitive de Noël au milieu des joies plus relatives du monde, laissons-nous envahir par la présence aimante du Dieu vivant pour trouver l’audace de témoigner du Don de Dieu ! Oui, qu’en sa grâce et en vue de sa gloire, Jésus soit dans nos cœurs et sur nos lèvres ! Aux vagues vœux de « bonnes fêtes de fin d’année », préférons d’explicites « Joyeux Noël » ! Notre prochain y a droit ! Tout le monde est destinataire de cette joie sans égale que veut le Prince de la Paix, au jour de sa naissance ! Tout le monde est appelé à recevoir sa grâce et à partager sa gloire ! Il est venu pour tous ! Et Il compte sur chacun d’entre nous pour révéler sa présence… non moins que l’imminence de son retour ! Amen.