En chaire et en os

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Mc 1, 29-39 – V° DIMANCHE DANS L’ANNÉE (08 II 2015)

Sommes-nous réellement convaincus que l’Eglise, aujourd’hui, existe et agit dans la droite ligne de l’Evangile ? Que ce qui inspire non seulement son œuvre, mais son organisation propre, s’inscrit dans la volonté même de Notre Seigneur Jésus-Christ ?

En douter par principe ferait de nous de piètres catholiques ; mais l’affirmer sans réfléchir ne serait pas plus malin !

Certes, il est bon de vivre dans la confiance et de faire siens ces innombrables signes, symboles rites et coutumes que l’Eglise nous lègue dans sa Tradition. Mais cet amour qui nous conduit à nous approprier, dans la foi, un héritage bimillénaire n’appelle-t-il pas, précisément, à rechercher ses fondements ? « Malheur à la connaissance qui ne se tourne pas à aimer » disait Bossuet, mais la réciproque est tout aussi recevable : Ne serait-ce pas le signe d’un désamour que de se dispenser d’approfondir les intentions du Seigneur ? Aimer quelqu’un, c’est aussi s’attacher à comprendre sa pensée !

Par exemple, sauriez-vous expliquer d’où viennent les sept signes particuliers à travers lesquels nous croyons que Jésus communique sa grâce au plus haut point, et que nous appelons les « sacrements » ?

Si, historiquement, l’élaboration officielle de leur liste écrite fut tardive, ce n’est pas parce que leur invention le fut, bien au contraire. Discernés dès la première heure et pratiqués pendant des siècles, on n’éprouva guère le besoin de définir l’existence et le nombre de ces points de connexion haut-débit de la vie divine. Dans le christianisme, la vie et la pratique précèdent toujours les définitions magistérielles.

Mais alors, peut-on voir ces sept sacrements présents dans le récit des Evangiles et des Actes des Apôtres – à l’aube du christianisme ?

Première recherche

Une première méthode, assez scolaire, consistera à les chercher les uns après les autres…Exercice de secours bien commode pour séance de caté (un peu trop) improvisée : « cherchez les sept sacrements dans la Bible, vous avez une demi-heure » !

On finit bien, en effet, par trouver quelque chose :

  • l’institution du baptême et sa promotion par Jésus est tout à fait explicite, dans la finale des évangiles (Mt 28, 19)…
  • la Confirmation, avec l’imposition des mains, est au programme des premières missions apostoliques du récit des Actes (8, 14-17)…
  • Missions au cours desquelles on découvre d’ailleurs que l’Eucharistie instituée par Jésus est au centre du culte chrétien (Ac 2, 42)
  • la rémission des péchés procède très clairement d’un pouvoir spécial transmis par Jésus à ses Apôtres après la Résurrection, c’est très clair dans saint Jean (20, 23)…
  • la description du sacrement des malades est rapportée avec beaucoup de précision dans l’épître de saint Jacques (5, 14-16)…
  • pour le sacrement de l’ordre, Jésus consacre douze hommes qu’Il associe à sa mission et qui seront chargés de prolonger sa présence active au milieu du monde (Mc 3, 13)…
  • Enfin, c’est pour le mariage, à la limite, qu’on aura un peu plus de difficulté ! Même si le miracle de Jésus aux noces de Cana manifeste non seulement son intérêt pour l’amour humain, mais sa volonté d’en prolonger la célébration et la joie si vite compromises par nos limites (Jn 2, 1-12). Si le mariage est le moins « institué » des sept sacrements, c’est sans doute parce qu’il est celui qui se fonde le plus sur une réalité naturelle. Mais on ne tarde pas à acquérir cette évidence que Jésus ne peut ni ne veut sauver l’homme sans assumer ce qui lui est le plus cher et dont lui-même est la source : l’amour.

Avec cela, nous avons donc constitué notre liste et nous pouvons rendre notre copie ! Cette méthode n’est pas inintéressante. Mais elle appelle peut-être un complément de recherche (à la fois plus global et plus profond) :

Quand Jésus a-t-il conçu qu’il nous laisserait ces sept signes particuliers ? Comment ce projet s’est-il forgé dans son âme ?

Seconde manière

Nous avons sans doute une vision trop statique du Verbe Incarné ! On imagine, à tort, un homme qui, parce qu’Il est Dieu, aurait dans son intelligence et son cœur un logiciel divin préinstallé. Un programme préétabli, concocté de toute éternité avec le Père et l’Esprit Saint ! Qu’Il aurait donc consulté chaque matin son agenda intérieur en se disant « tiens aujourd’hui je vais leur faire le coup de la multiplication des pains et demain je leur raconterai la parabole du semeur… ».

Or, pourquoi penser que l’unité parfaite des deux natures du Fils de Dieu l’aurait dispensé de réfléchir progressivement ? De rechercher, jour après jour, des solutions et de prendre des décisions tout à la fois inspirées de sa Sagesse divine et de l’expérience de son Incarnation ? C’est en partant de cette simple affirmation que nous pouvons envisager l’invention des sept sacrements.

En effet, l’extrait du premier chapitre de Saint Marc nous laisse entrevoir combien Jésus «s’enfonce», si je puis dire, dans l’épaisseur de l’existence humaine et semble déterminé à affronter ses misères. Au point qu’on n’hésite pas à mettre sur les lèvres du Christ la parole de l’Apôtre « Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait le serviteur de tous afin d’en gagner le plus grand nombre possible. J’ai partagé la faiblesse des plus faibles pour gagner aussi les faibles… » (1 Co 9, 19.22). Et c’est peut-être ici qu’il faut situer l’invention des sacrements. Dans la double contemplation du Fils de Dieu en son incarnation, que rapporte l’évangéliste.

D’une part celle de la prière : Jésus se lève bien avant l’aube pour se retirer dans un endroit désert ; d’autre part, il y a le spectacle que lui offre son ministère : « après le coucher du soleil, on lui amenait des malades et des possédés…la ville entière se pressait à la porte. Il guérit toutes sortes de maladies » (Mc 1, 32).

D’un côté, l’amour infini du Père qui cherche tout le monde… et de l’autre, pour reprendre l’exclamation de saint Pierre, tout ce monde qui Le cherche (cf. Mc 1, 37)!

D’un côté, l’humanité languissante et souffrante qui fait sienne la lamentation de Job : « Vraiment la vie sur la terre est une corvée…depuis des mois je n’y ai gagné que du néant, je ne compte que des nuits de souffrance… ma vie n’est qu’un souffle et mes yeux ne verront pas le bonheur » (Jb 7, 1-7),de l’autre, ce Dieu parti à la recherche de l’homme pour le guérir !

Une invention géniale

Je crois que nous pouvons l’affirmer : les sacrements sont une invention géniale du Cœur de Dieu qui, en Jésus-Christ, est venu battre au milieu de nous ! Devant la foule des âmes déboussolées et dans son Cœur à Cœur avec le Père, l’imagination de Jésus a conçu des moyens parfaitement adaptés à notre condition humaine, pour nous permettre d’accueillir la grâce qui sauve dans les différentes dimensions de notre existence !

  • devant les foules sans berger, habitées du désir d’être adoptées par Dieu, Jésus, en s’inspirant du rite de pénitence du Baptiste, institue le saint baptême qui saisit, pour le renouveler, notre être tout entier !
  • devant la couardise des disciples, paralysés de peur pour témoigner devant les autres : Jésus invente le sacrement de la confirmation !
  • témoin de la faiblesse de ses disciples qui, après avoir été renouvelés dans l’Esprit, tombent encore ou que l’approche de la mort désarme : Jésus communique le pouvoir de remettre les péchés : ce seront le sacrement de réconciliation et celui des malades !
  • en découvrant l’avidité spirituelle de ses auditeurs et anticipant leur désir de communier, plus tard, au saint-sacrifice de la Croix, assumant leur volonté de pouvoir aimer de la Charité même de Dieu, de semaine en semaine : Jésus conçoit l’Eucharistie !
  • devant la difficulté des époux livrés à leurs propres forces et pourtant décidés à s’aimer toute une vie, Jésus décide de sauver l’amour humain en élevant le mariage au rang de sacrement !
  • Enfin, pour que tous ces dons puissent être dispensés jusqu’à la fin des temps, il consacre spécialement de pauvres hommes dédiés à cette tâche magnifique : c’est le sacrement de l’Ordre, canal de la grâce divine !

Frères et Soeurs bien-aimés, toutes ces « idées géniales », validées dans son colloque avec le Père et l’Esprit, sont donc le fruit de la Compassion de Jésus devant les hommes ! En ne formant qu’un seul et même bouquet, les sept sacrements expriment cette unique préoccupation du Seigneur : sa douce détermination à venir nous repêcher par toutes sortes de moyens, sa volonté de nous soutenir durant le pèlerinage de notre existence et de nous mener à bon port !

Devant de pareilles prévenances, notre âme ne peut que déborder d’action de grâce…

et chanter inlassablement les louanges d’un Dieu dont le génie s’identifie à l’Amour infini ! Amen.

 

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