En chaire et en os

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Jn 3,14-21 – IV° DIMANCHE DE CARÊME (15 III 2015)

« Ne fais pas ton Nicodème ! » est une vieille expression qui a longtemps prévalu en France, notamment durant le Moyen-Âge… En effet, oser déranger Jésus en pleine nuit, pour lui poser des questions aussi saugrenues que celles que nous rapporte l’évangile de Saint Jean, est longtemps passé pour une faute de goût, un manque de savoir-vivre et peut-être même une preuve d’imbécilité ! Au point que le prénom Nicodème est devenu ce substantif que nous connaissons tous, celui de « nigaud ». Le nigaud, le nigodème, c’est celui qui pose les mauvaises questions au mauvais moment.

Permettez-moi de prendre, ce soir, la défense de Nicodème !

Car son intervention inopinée semble plutôt fournir à Jésus une occasion idéale de nous ouvrir les yeux ! La réponse du Seigneur à ses interrogations nocturnes représente un demi-chapitre chez saint Jean. Elle contient des repères extrêmement précieux pour nous prévenir, voire nous guérir, d’une certaine forme de bêtise ou du moins de crédulité.

Ajoutons, en passant, que l’étymologie grecque du prénom Nicodème signifie : « victoire du peuple » et que les réponses qu’il obtient du Seigneur sont à même d’illuminer l’homme le moins éclairé, de lui donner accès à la victoire de la foi.

L’extrait que nous venons d’entendre fait suite à l’explication que Jésus fournit au sujet du baptême qu’Il définit comme une « nouvelle naissance ». Il précise alors que, pour nous sauver, pour être pleinement efficace, ce don de Dieu appelle une profession de foi complète en Lui, le Sauveur venu dans le monde et crucifié pour nous. Or, précisément, c’est parce qu’un tel acte de foi qui peut nous obtenir le salut dans l’instant (nous venons d’entendre Saint Paul l’expliquer aux Ephésiens), qu’un certain « père du mensonge », le diable, s’emploie à brouiller les pistes pour nous en détourner…

Poison ou placébo

Celui-ci le fait notamment à l’aide de deux gros mensonges qui prospèrent aussi longtemps que la profession de foi indiquée ici par Jésus n’a pas été clairement prononcée (du fond du cœur et à haute voix).

Pour démasquer les deux supercheries dont il s’agit, je commencerais par vous poser une question : Lorsque vous allez chez le médecin, pour être sauvé de telle ou telle maladie, qu’attendez-vous de lui ?

Qu’il pose un diagnostic et qu’il préconise un traitement ; dit autrement, qu’il analyse et qu’il guérisse.

Maintenant, imaginez un médecin qui se contenterait d’énoncer le diagnostic mais qui, après vous avoir révélé la gravité mortelle du mal, vous congédierait ?

Tout au contraire, que diriez-vous d’un médecin qui, sans vous poser la moindre question ni vous ausculter, vous préconiserait un traitement merveilleux, sensé vous guérir et vous prémunir à jamais ?

On appellerait le premier « prophète de malheur » mais certainement pas médecin.

On appellerait le second « charlatan » mais certainement pas médecin non plus.

Car le propre du médecin, c’est de ne jamais disjoindre le diagnostic du traitement, de ne jamais révéler le mal sans indiquer le chemin du rétablissement. Si c’est bien ce que fait Jésus à notre endroit, Lui qui est le médecin de nos âmes, le Père du Mensonge en est incapable.

Soit l’Accusateur dénonce le mal pour nous acculer au désespoir ; soit le Menteur nous endort dans une fausse paix. Il est tour à tour faux-prophète et charlatan : dans une poche le poison du désespoir, dans l’autre du placébo ! Au passage, reconnaissons dans cette alternance, un bonne vieille règle du combat spirituel : « Le Diable prêche l’amour de Dieu dans la tentation et la peur de Dieu après la chute. ». Il anesthésie avant la chute pour mieux torturer au réveil (les deux postures alternant).

Le poison du désespoir

Prophète de malheur, il parvient spécialement à l’être chez les fidèles, en leur faisant poser des diagnostics aussi sombres au VIè siècle avant Jésus-Christ qu’au XXIè siècle : Jérusalem, la ville sainte, est tombée dans des mains impies, la dévastation est totale, on n’est plus chez nous, nous vivons un véritable exil culturel et c’est de pire en pire, dans quel monde vivent nos enfants, les gens n’ont plus la foi…Comment voulez-vous qu’on s’en sorte ? Feue la France !

Diagnostic arbitraire et implacable de l’irrémédiable situation générale mais qui peut bien entendu se faire plus personnelle : Je suis dans telle ou telle situation, enlisé dans le mal, je ne peux plus rien faire…

Le Diable est un accusateur. Et en faisant de nous les victimes ou les complices de ses accusations, il ronge notre cœur de désespoir. Et le pire est alors de s’estimer plus spirituel ou religieux en condamnant la terre au profit du Ciel, oubliant que « Dieu a envoyé son Fils dans le monde… ». Et qu’on regarde vers la Croix ne gêne pas l’Adversaire, pourvu qu’elle n’éclaire que le diagnostic et ne dévoile pas le remède et l’élévation qu’elle promet !

Le placébo Yapadsouci

Une autre posture efficace est privilégiée par  l’Accusateur : celle de Monsieur Bonheur ! Aujourd’hui, sur les lèvres du bobo ravi fleurit à toute heure le mantra désormais universel : « y’a pas d’souci ». De la caissière du magasin au présentateur de télévision, en passant par vos bons amis, tous ont adopté le compulsif « pas d’soucis » ou le « pas de problème » sensé attester la zen attitude des esprits supérieurs – libérés des angoisses vulgaires.

Ainsi s’impose l’esprit du monde qui est bien celui d’un charlatan pillant nos portefeuilles pour nous faire avaler les pilules du bonheur : la « 4G » ça peut vraiment changer ta vie, tu sais ; avec 5 fruits et légumes par jour, trois gouttes d’huile essentielle : « pas de soucis »…

C’est l’illusion d’une guérison et d’un bien-être permanent, « maintenant et à l’heure de ta mort » (ta mort dont il faudrait d’ailleurs bientôt pouvoir décider librement, à l’aide d’un petit cachet enrobé de sucre). C’est le rêve enfantin d’une civilisation de bisounours.

Attention, tout diagnostic qui remettrait en causes les prescriptions officielles du prêt-à-penser est interdite ! Un écrivain qui prendrait par exemple la liberté de publier un essai sans demander l’imprimatur au Ministère de la Culture et aux grands médias serait mis à l’Index, voué aux gémonies par ceux-là mêmes qui s’offusques des atteintes à la liberté d’expression…

Oui, le diable accomplit la prouesse d’être à la fois un faux médecin aux diagnostics implacables et un faux médecin prescripteur de bien-être ! Et nombreux sont les patients, optimistes et pessimistes, qui s’entassent pêle-mêle dans sa salle d’attente : les pessimistes (qui sont des imbéciles malheureux) et les optimistes (qui sont des imbéciles heureux) !

La Médecine de la Vérité

De ces deux imbécilités et de leurs propagandes respectives, la Vérité en Personne est venue nous guérir ! Le seul médecin capable de fournir dans le même temps un vrai diagnostic et un traitement de choc capable de nous guérir sur-le-champ et à jamais, c’est Jésus-Christ ! Nous venons à l’instant de recueillir son diagnostic :

Quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises.

Non moins que la prescription qui l’accompagne :

Tout homme qui croit dans le Fils de l’Homme élevé sur la Croix et au nom du Fils unique de Dieu ne périra pas, mais obtiendra la vie éternelle, échappera au jugement !

Frères et Soeurs bien-aimés,

Jésus est le vrai et l’unique Sauveur. Seule la Lumière de sa grâce est capable de révéler simultanément notre misère et sa miséricorde et elle ne fait jamais l’un sans l’autre ! C’est d’ailleurs là la marque du Sauveur, le signe que la lumière est alors divine.

Tout au contraire, lorsque vous sentez l’accusation pointer en dehors du champ de la miséricorde…ou l’amour prêché indépendamment de la Croix, vous pouvez être sûr qu’il s’agit du grand Usurpateur !

Si Jésus nous ouvre les yeux sur nos blessures (celles que nous avons infligées et celle que nous avons subies), c’est pour les guérir avec les siennes ! Il ne consent à descendre dans nos ténèbres que pour y diffuser sa lumière ! En levant nos yeux vers la Croix glorieuse, où brillent de mille feux les plaies lumineuses de Celui que nous avons transpercé, reconnaissons en elle le caducée du Divin Médecin et laissons-nous gagner par « la joie d’être sauvé » (Ps 50) !

Rejetons dos à dos les prophéties de malheur autant que les déclarations béates et irresponsables, afin d’entrer, plus résolument que jamais, dans le réalisme de l’Espérance chrétienne !

Oui, merci Saint Nicodème ! Priez pour nous ! Apprenez-nous à ne jamais nous lasser de venir écouter, au fond de la nuit, la voix du Fils de Dieu. Amen.

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