En chaire et en os

Homélies dominicales Billets spirituels Topos & cours Cinéma & Education Brèves recensions Notes en route Documents divers SC

Jn 17, 11-19 – VII° DIMANCHE DE PÂQUES (17 MAI 2015)

C’est l’histoire d’un garçon qui se promène avec son grand-père dans la rue. Ils passent devant une église et le petit demande à son aïeul (peu porté à la pratique religieuse et que la foi candide de son petit fils met un peu mal à l’aise) : « Grand-père, est-ce qu’on peut rentrer dans l’église pour prier ? ». Ne sachant que dire, l’ancien répond « Tu sais, on n’a pas besoin de temples pour prier Dieu : Dieu est le même partout ». Un peu déçu, le petit laisse passer un silence, mais rétorque : « Oui, c’est sûr, Grand-Père, Dieu est le même partout, mais moi, je ne suis pas le même partout » !

Frères et Sœurs bien-aimés, la vérité sort de la bouche des enfants !

Et ce que cet enfant dit de l’église comme « lieu » doit se dire de l’Église comme « mystère » c’est-à-dire comme projet divin, comme communauté spirituelle suscitée par Dieu et chargée de nous transformer ! C’est bien à son contact concret, à force de l’habiter, que l’Eglise nous imprègne de l’Esprit dont elle est le Temple ! Si, comme le dit Jésus à Nicodème, on ne sait pas d’où l’Esprit vient ni où il va, on sait où Il se donne et se reçoit : au cœur de l’Église ! Dont nos églises de pierre sont les symboles en même temps que les écrins.

Chaque dimanche, dans sa profession de foi, l’Église de Dieu se définit à partir de quatre qualificatifs très précis, qu’on aime à chanter en grégorien : et unam, sanctam, catholicam et apostolicam ecclesiam. Or, en disant que l’Eglise est telle : une, sainte, catholique et apostolique, nous déclinons le projet même du Christ ! Ce dessein que nous fait entrevoir la prière de Jésus au Père, au soir de la Cène, dont nous venons de lire un extrait. Ces confidences du Seigneur sont comme une longue variation musicale autour de ces quatre « notes » ou plutôt de ces quatre « thèmes » que je vous propose de méditer successivement.

« Je crois (en) l’Église UNE »

Aux jours de sa Passion, le Corps de Jésus-Christ est malmené, blessé à mort ; ses habits sont arrachés, mais « aucun des os » de son Corps n’est brisé et les plaies glorieuses du Ressuscité sont celle d’un corps « entier ». Ce fait illustre la promesse faite par Jésus Lui-même « que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, »  qui prolonge cette demande :  « garde mes disciples dans la fidélité à Ton Nom ». Le Nom de Dieu, c’est-à-dire la nomination de son mystère révélé, la profession de foi inspirée par l’Esprit Saint, fonde l’unité de l’Église. Si «la maison de Dieu, pour le dire avec saint Paul, est la colonne et le soutien de la vérité » l’inverse est tout aussi exact : c’est sur la vérité divine que repose la solidité de l’Église.

On ne peut que regretter les divisions des chrétiens au cours de l’Histoire et ne pas se lasser de travailler à leur unité. Mais cette Église encore « une » qui aurait eu mille occasions de se disloquer représente un motif d’action de grâce : à l’image de nos cathédrales qui continuent de se dresser avec humilité et majesté, l’Église continue de tenir bon. Elle est fondée sur la foi et ne cesse de s’édifier dans l’Amour, comme le rappelait saint Jean à l’instant.

« Je crois (en) l’Église SAINTE »

Jésus promet de nous garder en Lui : « J’ai veillé sur mes disciples et aucun d’eux ne s’est perdu »… à l’exception de Judas. C’est dire que la sainteté des fidèles est garantie par son accompagnement et le don de sa grâce, sans jamais forcer le libre-arbitre (ce dont Judas est la triste preuve). L’Eglise est une assemblée de pécheurs qui font pénitence en reconnaissant la nécessité du pardon : mais elle est sainte parce qu’elle se laisse sans cesse purifier par le don de l’Esprit qui jaillit en elle, à la façon du fleuve débordant du Temple de la vision d’Ezéchiel ! Si nous nous réfugions en son sein ce n’est point pour être retiré du monde mais pour être « gardé du Mauvais » qui y sévit encore pour un certain temps ! L’intuition de ce petit garçon est juste : parce que la Sainte Église est le Temple de l’Esprit, celui qui y pénètre avec un cœur bien disposé risque d’en ressortir changé, car la sainteté est contagieuse !

« Je crois (en) l’Église CATHOLIQUE »

On traduit souvent ce mot par « universel » ce qui est un peu court et ne dit pas assez l’amplitude et le dynamisme du mot grec qui signifie « selon le tout », c’est-à-dire que toute la vérité est donnée dans l’Eglise de la part de Dieu et par conséquent que tout le monde est appelé à rencontrer le Christ, si possible avant son retour dans la gloire à la fin des temps !

En priant son Père de « consacrer ses disciples dans la vérité », Jésus indique le moyen le plus radical de rejoindre tous les hommes, d’être pleinement ouvert à tous : c’est d’être fidèle à Dieu ! Je pense personnellement qu’une des plus grandes hérésies pastorales consiste à opposer la fidélité et l’ouverture : plus un fidèle est ajusté à Dieu, plus il se laisse consacrer dans la vérité par l’Esprit Saint, plus il peut espérer rejoindre tout homme ! En tant que « catholique », l’Église du Christ n’estime pas détenir la vérité mais plutôt être détenue par elle !  Et investie du devoir impérieux de la manifester, car la vérité est pour tous ! Ce qui me conduit naturellement à notre quatrième thème musical, celui de la mission :

« Je crois (en) l’Église APOSTOLIQUE »

Il s’agit encore d’une volonté expresse de Jésus : De même que le Père M’a envoyé dans le monde, Moi aussi Je vous envoie !

« apsotolique » ne signifie rien d’autre : depuis le jour de la Pentecôte, le même dynamisme qui a causé l’Incarnation du Fils de Dieu et le don suprême de sa Vie sur la Croix entraîne aujourd’hui les membres du Corps du Christ à révéler à chaque homme l’Amour qui sauve !

Il est bon, Frères et Sœurs bien-aimés, de se rendre compte que ce que nous résumons par quatre petits mots chaque dimanche correspond précisément au dessein miséricordieux du Père, décrit par Jésus dans sa prière au soir de la Cène, de nous souvenir que cette Eglise est l’épouse chérie de Dieu, celle qu’Il a aimée et pour qui Il s’est livré, celle que nous voulons aimer à sa suite…De la regarder avec le même regard de foi et d’amour, même lorsque l’infidélité des disciples, à commencer par la nôtre, nous déstabilise ! De persévérer à croire que ce miracle de la communion, de la sainteté, de la vérité et de la mission s’accomplit en permanence dans cette œuvre divine, dans ce temple qui n’est pas fait de main d’homme ! Pour finir, il faut comprendre que ces quatre « qualités » se communiquent respectivement à chacun d’entre nous, spécialement au contact des sacrements :

  • L’UNITÉ parce que c’est au cœur de l’Eglise que notre vie s’unifie, c’est grâce à la Parole qu’elle nous fait entendre et au Pardon qui nous rétablit que nous cherchons à être cohérents, à vivre ce que nous professons…
  • LA SAINTETÉ parce que c’est au cœur de l’Eglise que la grâce de Dieu et le Saint de saints nous sont communiqués (et au plus haut point dans l’Eucharistie) !
  • LA CATHOLICITÉ, parce que c’est au cœur de l’Eglise que nous sommes confirmés dans la vérité de la foi par l’Esprit Saint, que la Lumière de Dieu nous dégage d’un relativisme confortable mais mortel…
  • L’APOSTOLAT car c’est au cœur de l’Église, que se forge notre cœur d’apôtre, que l’Esprit nous pousse à propager la bonne nouvelle du salut, ainsi que l’envoi de chaque messe le signifie !

Chers Amis, en rejoignant son Père dans la gloire, Jésus nous abandonne, oui, mais à la garde puissante de son Esprit ! Lequel œuvre en son Nom jusqu’à la fin des temps pour réaliser ce grand dessein que nous appelons l’Église de Dieu, son plan de salut du monde ! Toute cette semaine, avec Marie et les Apôtres, préparons-nous à la fête du Don de l’Esprit en ouvrant nos cœurs à l’Église ce « rêve de Dieu » ! Laissons-Le nous communiquer son ambition, laissons-Le nous convaincre de son Amour, laissons-Le nous solliciter par ses appels ! Redécouvrons, justement, que ce désir d’unité, de vérité, de sainteté n’est plus un « rêve » depuis longtemps, mais une création nouvelle ; engagée depuis le jour de la Pentecôte, un chantier auquel il s’agit de prendre part avec le plus grand des réalismes qui soit, le réalisme de la Foi, de l’Espérance et de la Charité ! Amen.

Comments are closed.