En chaire et en os

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Mc 16, 15-20 – ASCENSION DU SEIGNEUR (14 MAI 2015)

Comme la prière du chapelet nous invite à le faire, chaque événement de la vie du Christ, s’offre à notre méditation de façon cyclique, pour nourrir notre âme… Devant le mystère de l’Ascension du Christ, quels enseignements pouvons-nous tirer, quelle grâce pouvons-nous légitimement convoiter ? Chaque mystère étant inépuisable (puisqu’il nous relie, à la façon d’une fenêtre ouverte sur l’infini, au Mystère avec un grand « M » c’est à dire à la fois celui de Dieu Lui-même et celui de son dessein miséricordieux) il faut bien faire des choix ! Ce soir, la méditation du 2ème mystère glorieux m’inspire de nommer deux grâces : l’une qui regarde notre cœur, l’autre qui concerne notre corps…

Haut les cœurs

La première regarde notre cœur et nous pouvons assez facilement la cerner si nous nous mettons à la place des apôtres ce jour-là. Voilà six semaines que Jésus, dans la splendeur de sa Résurrection, visite les siens, leur manifeste son Amour et les prépare doucement mais sûrement à leur future mission. C’est bien pratique d’avoir un chef rassurant qui vous guide à chaque pas, un Maître capable d’enseigner comme nul autre, un pasteur sous la main, visible, audible et disponible ! Ils sont doux les jours du temps de Pâques, dans la lumineuse présence du Messie Ressuscité ! Mais ce jour-là est le dernier. Après leur avoir annoncé son départ, la fin de sa « tournée » si je puis dire, Jésus se soustrait réellement au regard des siens en disparaissant dans les airs ! Pendant neuf jours, ces neufs jours historiques que nous commémorons du Jeudi de l’Ascension au dimanche de la Pentecôte, les Apôtres vont donc faire l’expérience d’un arrachement, d’un vide et même d’un deuil. Ils vont devoir se passer de la présence sensible de Jésus à leurs côtés ! Ils ne peuvent plus dire avec Marie-Madeleine « on nous a enlevé le Seigneur et on ne sait pas où on l’a mis ! » car ils savent où est le Christ désormais, vivant, assis à la droite de Dieu ! Mais Il n’est plus sensiblement là.

Quel est le sens de cette étape ? Jésus nous l’a déjà indiqué, notamment au soir de la Cène. Il va s’agir désormais de vivre sous la conduite de l’Esprit Saint !

Fort bien, mais pourquoi ne pas l’avoir donné avant de partir ? Si le Seigneur s’est gardé de communiquer l’Esprit en plénitude avant de quitter les siens, mais a déclaré devoir partir pour donner ensuite l’Esprit, il doit y avoir une bonne raison. L’interprétation que je vous propose est fondée sur un parti pris : c’est que Jésus est un bon éducateur ! En bon éducateur, Il sait que pour grandir, l’homme doit faire l’expérience du manque et de la solitude, sans lesquels Il n’osera jamais demander au Seigneur de recevoir le Don de Dieu, l’Esprit Saint ! Qu’est-ce qu’un enfant gâté ? C’est un enfant qui reçoit tout ce qu’il lui faut avant d’avoir fait l’expérience de la nécessité et de la prière de demande, c’est enfant élevé dans le mythe de la toute-puissance, c’est un futur dépressif qui  ne survivra pas à la découverte de sa finitude et de sa dépendance !

Or Jésus ne fait pas de nous des enfants gâtés : il nous veut robustes et enthousiastes au sens premier, c’est à dire pleins de Dieu ! Il nous met donc en situation de Lui demander davantage et mieux encore, de Lui demander tout. C’est pour cela qu’il s’efface. Pendant une dizaine de jours, les Apôtres sont dans une situation inconfortable : Jésus Ressuscité ne se manifeste plus et ils n’ont pas reçu la force de l’Esprit. Ils découvrent leur solitude et la faiblesse de leur condition, la nécessité de prier comme jamais non pas pour tout demander mais pour demander tout à Dieu en demandant l’Esprit !

Je pense ici à milles situations précaires et transitoires comme nous en connaissons tous, à notre petite échelle personnelle : entre deux examens et donc entre deux années universitaires incertaines, entre deux déménagements…entre deux appartements, entre une histoire de cœur dont il faut faire le deuil et la redécouverte d’une certaine solitude affective, entre deux missions professionnelles ou apostoliques, entre deux emplois… On pourrait aussi nommer cet âge incertain parfois inconfortable qu’il faut traverser entre l’enfance et l’âge adulte ou entre la force de l’âge et celui de la retraite ? De creux de vagues en vagues à l’âme, des temps morts jalonnent notre existence…

Mais en laissant temporairement les Apôtres dans cette situation d’incertitude ou plutôt d’attente, Jésus rejoint toutes les situations que nous traverserons jusqu’à la fin des temps et dans lesquelles nous avons donc la grâce, justement, de savoir à quoi nous en tenir :

quand on ne sait plus très bien quoi demander,
il faut demander le Don de Dieu,
c’est à dire le maximum, Dieu Lui-même !

C’est ce que feront les Apôtres, non sans cesser de s’essayer à annoncer la Bonne Nouvelle. On les verra dans le Temple à louer le Seigneur et on les trouvera au Cénacle dans l’attente de l’Esprit ! Voici la première grâce que nous offre ce mystère de l’Ascension : celle de savoir ce que nous avons à faire lorsqu’on est entre deux eaux ! Celle de nous indiquer qu’il faut alors adresser au Ciel la seule prière infailliblement exaucée par le Seigneur : Lui demander son Esprit de Sainteté, de Vérité de Sagesse et d’Amour pour nous laisser ressaisir et guider par Lui et bientôt reprendre la route ! Dans le feu de l’Esprit, les Apôtres seront bientôt à leur affaire, comme nous le sommes à chaque fois que nous nous abandonnons au Seigneur alors que sa présence semble nous échapper ! Redoubler de confiance et de prière lorsque le doute nous effleure ou que la ferveur nous quitte, voilà qui est précieux pour aller de l’avant.

Haut les corps

Deuxièmement, le mystère de l’Ascension éclaire aussi une autre dimension de notre Espérance et qui regarde non plus notre cœur désolé mais notre corps qui même s’il est dans la force de l’âge et la pleine santé est en voie de décrépitude comme la parole de l’imposition des Cendres ose nous le rappeler !

En voyant le Corps du Christ transfiguré, lors des nombreuses apparitions dont ils furent gratifiés, les disciples avaient déjà de quoi se réjouir mais l’Ascension dit quelque chose de plus définitif encore. Notre corps n’est pas seulement appelé à une restauration complète, à un lifting spirituel : il est destiné au Ciel, à participer pleinement à la vie divine. Jésus n’a pas laissé sa dépouille en souvenir, Lui qui pourtant, en tant que Personne divine, aurait pu en décréter la caducité : il entre dans la gloire du Père avec son Corps ! Il faudrait prendre davantage le temps de mesurer ce que signifie pour chacun d’entre nous : Je crois en la résurrection de la chair… à la lumière de ce mystère de l’Ascension. Ce que cela dit de la dignité de notre condition physique : mon corps n’est pas fait pour la corruption, la débauche et l’avilissement : il est fait pour la vie et la vie éternelle, la gloire, le Ciel ! Mon corps est fait pour le Ciel dès cette terre ! Dire qu’il n’est pas fait pour l’impureté de la terre n’est pas assez : il est fait pour la pureté infinie du Ciel ! Quelle perspective plus exaltante, qui dépasse la « petite morale » des seuls interdits pour acquérir notre véritable bien !

Il est bon de le redire à ceux qui ont l’impression que leur corps leur échappe d’une façon ou d’une autre, qu’il s’agisse de l’esclavage du plaisir ou de la condamnation à la souffrance et à la maladie. Qu’il est doux, pour un malade déformé par le mal physique d’espérer, en voyant le Christ Ressuscité monter au Ciel avec son Corps, avoir part à cette ascension.

Oui, tu es poussière et tu retourneras en poussière… mais de même que de la poussière Dieu a suscité Adam, de la poussière de ta dépouille Dieu te suscitera à nouveau un corps destiné à ne plus jamais vieillir !

Frères et sœurs bien-aimés, en fixant nos yeux sur le Christ en son Ascension, comprenons que Jésus est soustrait à notre sensibilité pour nous être plus unis encore au fond du cœur et pour aviver notre désir d’être sans cesse renouvelé dans le Don de l’Esprit ! Et voyons quelle dignité le Seigneur attend que nous accordions à notre propre corps et à celui des autres, tous appelés à participer à la vie du Ciel ! Ainsi soit-il.

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