En chaire et en os

Homélies dominicales Billets spirituels Topos & cours Cinéma & Education Brèves recensions Notes en route Documents divers SC

 CORPS ET SANG DU CHRIST (7 JUIN 2015)

PROFESSIONS DE FOI

Frères et sœurs bien-aimés, si je m’adresse d’une façon toute particulière aux douze professants de ce jour, il va sans dire que tout ce qui les concerne devrait avoir un écho en notre âme : il s’agit de comprendre plus profondément le sens de notre vocation chrétienne !

Chers Astrid, Clémentine, Diane, Guillemine, Victoire, Benoît, Christophe, Hector, Jean-Louis, Joseph, Nicolas et Paulin, que représente la profession de foi (générale et eucharistique) que vous allez prononcer devant le Seigneur et son Église rassemblée, ce matin, en cette fête du Saint-Sacrement ?

L’étape que vous allez franchir est une promesse, celle de s’engager à vivre une ascension spirituelle, de vivre à fond l’aventure de la sainteté, en prenant, plus personnellement que jamais, les moyens que le Seigneur met à votre disposition.

Au pied du mur, deux appels

Permettez-moi de recourir à une image toute simple, que la proximité de vacances ensoleillées inspire…

Figurons-nous, à la montagne, une magnifique paroi rocheuse, réputée pour le panorama qu’elle offre autant que l’accès qu’elle représente. Au pied de ce mur, un groupe nombreux de jeunes gens, tous désireux d’être heureux. Tous convaincus que bonheur et ascension ne font qu’un, que grandir consiste à prendre de la hauteur et voir plus haut, plus loin, à prendre son envol en ayant quitté les enfantillages de la vallée. Cette paroi serait le défi de toute vie et son terme se confondrait avec une éternité de bonheur.

Au commencement de toute histoire individuelle, deux possibilités s’offrent toujours à chacun : l’appel du monde et celui de l’Évangile.

En bas, le mot d’ordre, dissimulé dans des slogans démagogiques, mais doctement enseigné dans les écoles de l’état à coup de réformes de plus en plus radicales, serait :

Les jeunes, embarquez pour l’aventure de la vie, pour monter sur les hauteurs comme vous le voulez, faites-vous plaisir… éclatez-vous, officiellement on n’a rien à vous apprendre, rien à vous transmettre (bien qu’on veuille en même temps vous rééduquer sans vous instruire) ! Ne vous embarrassez-pas d’un équipement, voyagez léger, posez vos mains et vos pieds où vous voulez, inutile d’imiter ceux qui vous ont précédés et qui sont des imbéciles, n’apprenez rien de ceux qui, depuis des siècles, tentent de grimper: le plus beau voyage est celui qu’on invente, qu’on improvise à mains nues !

Et puis une autre voix. Qui viendrait du ciel, mais on pourrait l’entendre du fond de son cœur, ou de la bouche de ceux qui nous aiment vraiment. Elle nous inviterait à une toute autre démarche. Celle de nous équiper d’un baudrier, d’emprunter des repères précis, d’apprendre des techniques éprouvées par des siècles de pratiques, en un mot de suivre un chemin, pour ne pas dire une tradition.

Transmission et liberté

Chers jeunes gens, la question que vous devez vous poser est celle-ci : Quels sont les jeunes les plus libres, aujourd’hui ? Quels sont ceux qui ont le plus de chances de s’élever dans les airs ?

Entre un jeune équipé, bien entraîné et à qui ont été révélés les passages les plus appropriés et un autre, lancé dans l’aventure sans équipement, élevé dans la tyrannie de la spontanéité 1 ?

À qui peut-on promettre la plus belle ascension ? Lequel de ces deux aventuriers a le plus de chances de réussir ? Qui peut espérer vivre une véritable épopée avec d’autres, dans une solidarité bien réelle ?

La liberté que le monde propose est trompeuse ! La vérité, c’est que, sans équipement, les figures sont très limitées ! La créativité est nulle ! On risque de se retrouver à la queue leu leu sur la même corniche que tout le monde, tétanisé par la peur. Et, peut-être même, découvrir que l’invitation à s’éclater était, en fait, à prendre à la lettre !

Où est la plus grande liberté ?

Consentir, comme vous le faites ce matin, faire vôtres les repères choisis par des centaines de milliers de saints et de témoins avant vous, chers amis, n’est pas contraire à la liberté…c’en est même la condition ! À l’aube de votre existence, sans vous consulter, vos parents vous ont équipés : ils ont humblement demandé au Seigneur d’être Lui-même votre premier éducateur, se faisant les serviteurs d’une vie qu’ils reconnaissent avoir transmise et non créée ! Par le baptême, la première communion et la Confirmation, ils vous ont initiés à la vie de la grâce. Bénis soient-ils ! Et en faisant vôtres, aujourd’hui, les promesses de votre baptême, vous leur rendez hommage !

Et à la suite de Jésus, qui dès sa douzième année prit la décision de travailler aux affaires du Père des Cieux, vous vous engagez délibérément dans une ascension vers la sainteté en reconnaissant à votre tour que la Parole de Dieu, qui jalonne la route, est Vérité. Des paroles reçues par Moïse sur le Sinaï, jusqu’à l’enseignement même du Fils de Dieu, vous reconnaissez que les saintes Écritures et la Tradition indiquent l’itinéraire le plus assuré pour gravir la montagne ! À cette révélation divine, vous répondez de toute votre foi, dans la lumière et la force de l’Esprit Saint dans lequel vous avez été confirmés. Et vous allez dire non seulement : « Je crois », mais aussi « j’y vais, je grimpe ! ».

À la suite du Christ et des saints

En venant dans le monde, le Fils de Dieu est venu repérer et tracer pour nous, le chemin le plus assuré pour gravir les hauteurs en nous gardant du danger. Saint Marc vient de nous rappeler, à l’instant, combien l’institution du sacrement de l’Eucharistie, que nous célébrons d’une façon toute particulière en ce jour, ne fut pas improvisée : « allez faire les préparatifs…vous verrez un homme portant une cruche d’eau…dites au propriétaire » dit le Seigneur. Déjà, dans sa prière de jeune pèlerin à Jérusalem, Jésus discernait les intentions du Père, reconnaissait pour nous le chemin préparé par les prophètes durant des siècles et qui devait aboutir à cette célébration rituelle très précise. Et quand le Christ y procède, au soir de la sainte Cène, dans le cadre inspiré de la Pâque de la première Alliance, Il nous livre des instructions valables jusqu’à la fin des temps pour que nous puissions communier à sa vie et parvenir à la Résurrection !

Chers Professants, nous avons relu ensemble, pour vous préparer à ce jour, la catéchèse de Jésus à Capharnaüm, au chapitre 6 de saint Jean, redécouvrant que dans le dessein miséricordieux du Père, l’Eucharistie accomplissait toutes les promesses divines. Que le « Pain de Vie » est bien plus qu’un « repère » pour avancer, c’est en lui que toute l’énergie de l’ascension, qu’on appelle la grâce, est communiquée !

Pour autant, frères et sœurs bien-aimés, dire que tout est prévu ne fait pas de nous des marionnettes ! Demandez à un alpiniste professionnel, à ceux qui affrontent les parois les plus célèbres s’ils n’ont pas le sentiment de vivre une aventure personnelle, qui mobilise leurs meilleures ressources personnelles? Si ce qui leur a été transmis, la tradition de l’alpinisme, est un héritage qui les a conditionnés ou au contraire, leur a donné d’être de plus en plus libres de leurs mouvements ?

Le trésor que la foi nous donne de faire nôtre, c’est l’expérience des saints et à travers eux, la découverte de repères indiqués par le Seigneur Lui-même ! L’aventure de la sainteté qui est bien plus qu’un appel lancé depuis les sommets par le Seigneur : c’est un chemin qu’Il est venu ouvrir en tête !

L’audace de professer la foi

En affirmant publiquement votre détermination à prendre les moyens que Jésus a indiqués (à savoir : la prière quotidienne, la fidélité à célébrer le dimanche, la confession fréquente et le service généreux de son Église), vous posez avec une audace  magnifique, un acte de liberté que seul l’Esprit Saint a pu vous inspirer ! Alors que tout conspire pour vous mettre au pas et vous invite à renoncer à vivre dans la confiance en Dieu et en son Église, vous osez dire :

Je crois que Jésus est le Chemin, la Vérité et la Vie !

Et que je serai le plus libre des hommes, la plus libre des femmes en le reconnaissant pour Maître et Seigneur !

Car c’est Lui qui a créé le Ciel et la Terre, c’est Lui qui est venu naître et mourir au milieu de nous pour nous sauver dans la puissance de sa Résurrection !

Pas plus que je ne me suis donné la vie, je ne pourrai m’offrir la vie éternelle ! J’attends tout de Celui à qui je dois tout !

Et l’avenir vous donnera raison, car les plus grands alpinistes ne sont pas ceux qui redessinent la montagne à leur guise ! Ce sont ceux qui l’affrontent telle qu’elle est, avec la grâce de Dieu alliée à leur bonne volonté. En faisant confiance au Christ, vous allez gagner du temps, beaucoup de temps, et nous l’espérons avec vous, la vie éternelle !

Chers Astrid, Clémentine, Diane, Guillemine, Victoire, Benoît, Christophe, Hector, Jean-Louis, Joseph, Nicolas et Paulin, merci de vous engager devant nous à devenir des saints, à suivre Dieu de tout cœur dans son plan d’amour ! En vous voyant vous engager dans cette ascension, pleinement déterminés et équipés, nous sommes confiants : rien ne saurait vous séparer de l’Amour du Christ (Rm 8, 38) !

L’Eucharistie qui alimente vos âmes est le gage de cette communion contre laquelle aucune puissance adverse ne peut rien !

Que votre exemple réveille en nous le désir de ne pas nous contenter d’un petit bonheur au rabais…

et nous donne, à tous, l’ambition de nous élever vers la Vie,

de comprendre que toute notre existence est une aventure destinée à s’achever dans le Ciel ! Amen.

  1. cf. « La spontanéité érigée en dogme est le plus beau facteur d’aliénation moderne. » J-P. Brighelli, La fabrique du crétin, Paris, 2005

Comments are closed.