En chaire et en os

Homélies dominicales Billets spirituels Topos & cours Cinéma & Education Brèves recensions Notes en route Documents divers SC

Jn 1, 45-51 – X° ANNIVERSAIRE DE MON ORDINATION & ADIEUX À SAINT-FERDINAND (25 JUIN 2015)

Frères et Sœurs bien-aimés,

Mes Chers Amis,

Il y aurait tant à dire ce soir, pour rendre grâce ! Tant de personnes à nommer, d’événements heureux à rappeler, au terme de ces huit années vécues ensemble, dans notre bonne paroisse de Saint-Ferdinand… tant…que je préfère renoncer d’emblée à dresser la liste de ces innombrables motifs d’actions de grâce !

D’une part, parce qu’il serait bon que nous pique-niquions avant la tombée de la nuit, d’autre part, parce qu’il me semble que nous connaissons les joies que nous nous devons ! Sans nous lasser de nous bénir les uns les autres en particulier, jetons tous nos « mercis » dans l’unique Action de grâce du Christ au Père, disons la messe… pour dire l’essentiel !

Ce que je souhaiterais vous adresser, en guise d’adieux et pour orienter notre prière, c’est un appel. Un appel à considérer l’Appel ! Je veux parler de la vocation sacerdotale, du fait de devenir prêtre. Au dixième anniversaire de mon ordination, il me paraît légitime d’en dire un mot.

Nous sommes heureux, ce soir, et pour cause : le prêtre qui vous quitte est immédiatement remplacé par un autre – qui me fait d’ailleurs l’amitié de sa présence ! Mais dans le doyenné que je rejoins, à la rentrée, on réduit d’un ministre ordonné les effectifs habituels. Et selon les derniers calculs, sur tout le territoire français, dans moins de dix années, le service de vos âmes et la mission seront assurés par 1500 prêtres de moins. Nous sommes loin d’avoir touché le fond de l’abîme ! Rien ne dit que l’archevêque de Paris pourra envoyer un prêtre prendre la suite de l’Abbé Jérémy dans quelques années ! Tout cela, vous le savez. Non seulement parce que vous avez tous une maison à la campagne…mais, plus sérieusement, le soin avec lequel vous entourez vos prêtres révèle la pleine conscience que vous avez, tant de la situation générale que de la grâce particulière dont vous bénéficiez. Assurément, vous faites un excellent usage de vos prêtres, vous les aidez à déployer leur mission, et d’abord à devenir ce qu’ils sont. Vous les entourez de bienveillance, dans leur diversité. J’en ai été le bénéficiaire heureux, le témoin comblé ! Et je vous devrai toute ma vie d’avoir forgé mon cœur de pasteur !

Mais il faut que notre regard se porte plus loin, au Nom de l’Amour de Jésus pour le monde ! Pouvons-nous faire davantage pour que le Seigneur trouve des hommes à envoyer à sa moisson ?

La réponse, nous la connaissons, elle est en toutes lettres dans l’Évangile. Il nous faut intercéder inlassablement, auprès du Père, par le Christ, dans l’Esprit ! Il semble que ce soit la seule et unique méthode, c’est en tout cas la recommandation la plus explicite de la part de Jésus. Mais d’autres conditions s’avèrent nécessaires pour favoriser, non pas les appels de Dieu qui Lui appartiennent, mais leur perception !

Sous le figuier

Je voudrais en nommer un, en particulier, que le récit de la vocation de Nathanaël que j’ai choisi de vous faire entendre pour cette messe jubilaire, nous fait approcher…

En effet, que signifie cette parole mystérieuse que Jésus lui adresse : « Avant que Philippe t’appelât, quand tu étais sous le figuier, Je t’ai vu »…? Une seule parole, cette seule parole, suffit à provoquer l’adhésion immédiate de Nathanaël en une magnifique profession de foi : « Rabbi, Tu es le Fils de Dieu, Tu es le Roi d’Israël » ! Dans la Bible, le figuier est arbre particulier…À plus forte raison évoque-t-il quelque chose de particulier à cet Israélite sans détour, à ce véritable fils d’Israël !

Les larges feuilles de cet arbre offrent un ombrage précieux propice à la méditation. À l’entour des synagogues, on vient y palabrer ou s’y recueillir dans la solitude, pour prolonger sa méditation de la Loi, de la Parole de Dieu, pour continuer de chercher le Visage du Dieu unique qui est venu se révéler. Le figuier est par excellence l’arbre de la prière solitaire. Aussi, il me semble que cette parole de Jésus renvoie Nathanaël à une expérience, ou plutôt un lieu familier, plus spirituel que matériel. On dirait un « jardin secret », mais en langage biblique, on dit un figuier !

C’est-à-dire un espace et un temps dans lesquels la liberté personnelle peut se déployer, sous le regard du Très-Haut ! Et Jésus le renvoie de façon très délicate à ces colloques intimes : Celui à Qui tu parlais tout à l’heure, c’est Moi ! Ici, la révélation n’est pas connaissance, elle est reconnaissance !

Pour chacun d’entre nous, ce jardin secret auquel il est possible d’accéder pour rencontrer le Seigneur est ouvert dans notre âme au jour de notre baptême… Dire qu’on en profite beaucoup, cela dépend de chacun ! Mais qui ne pourrait pas faire mémoire au moins d’un instant de communion avec le Ressuscité ?

La question que je me permets de poser est celle de nos conditions de vie actuelles, personnelles, paroissiales, familiales: nous offrent-elles assez ce loisir ? Ne compromettent-elles pas la rencontre avec le Seigneur, dans sa Présence et sa Parole ? Autrement dit, existe-t-il aujourd’hui suffisamment de figuiers à l’ombre desquels on peut s’asseoir et présenter son âme à Dieu, sans que le mobile vibre, sans qu’un écran scintille, sans que mille appels viennent devancer et compromettre l’Appel avec un grand A ? Un appel divin qui est d’abord l’appel à la sainteté, mais qui pourrait être celui du sacerdoce pour nombre de garçons qui prendraient ce risque béni : celui d’écouter battre un autre cœur au fond du leur : le Cœur de Dieu !

L’urgence des temps

Les jeunes qui m’entendent se disent peut-être qu’ils n’ont précisément aucune envie de se sentir concernés ! Rassurez-vous… tous les amis du Christ ne deviennent pas prêtres ! Mais ce que je crois, c’est que toute vocation naît d’une amitié avec le Christ. Et donc que la fameuse «crise des vocations» est d’abord une crise intérieure, spirituelle !

Or, tout chrétien digne ce nom, s’il aime le Seigneur, ne peut pas rester étranger au mystère du Sacerdoce, que ce soit pour envisager sans crainte la question ou pour soutenir les vocations ! Assurément, nous ne serions pas là ce soir si le sacrement de l’Ordre n’avait pas été institué par Jésus. Et on ne peut pas déplorer tant d’ignorance et d’indifférence, ou constater que nombre de personnes cherchent en vain à connaître le Dieu vivant, sans se faire un devoir de présenter ses services au Seigneur… À plus forte raison quand on approche de l’âge d’homme ou qu’on l’a atteint ! Je veux bien que vous choisissiez tous le mariage mais qui vous mariera demain ? Où irez-vous recevoir le pardon des péchés ? Qui célébrera la messe et enseignera la foi à vos enfants ?

Un Amour nommé Jésus

Enfin, en plus des besoins réels et urgents de notre temps – qui font qu’un prêtre peut difficilement s’ennuyer ou se sentir inutile –, je veux vous dire combien la déclaration de Jésus à ses Apôtres « Je ne vous appelle plus serviteurs, Je vous appelle mes amis » se vérifie chaque jour davantage ! Ce dont je puis simplement témoigner, c’est que Dieu est fidèle et d’abord fidèle en amitié. Malgré mille infidélités ou inattentions de ma part, je veux vous le dire : Jésus ne m’a jamais fait défaut ! Il ne m’a jamais refusé son pardon et d’abord son soutien qu’on appelle la grâce !

Si je pouvais, lorsque je m’y préparais au séminaire, espérer rencontrer telle ou telle joie dans l’exercice de ce ministère, le Seigneur m’a comblé bien au-delà de mes espérances !

Et si je m’inquiète de la baisse du nombre d’ordinations en France, c’est d’abord pour l’avenir de la mission de l’Eglise qui est le salut des âmes ! Mais c’est aussi parce que la vie de prêtre est grandiose et que je vois trop de bonnes âmes passer à côté d’une aventure vraiment exaltante ! Le sacerdoce de Jésus nous plonge, si j’ose dire, au cœur de la réalité et de l’Histoire. Là où, au-delà des événements qui agitent le siècle, se joue le drame de la Rédemption. Rien de moins que l’avenir éternel de chaque personne ! Dans l’agenda d’un prêtre, c’est toujours la semaine de Pâques : la passion, la mort et la résurrection de Jésus-Christ se produisent sans cesse sous ses yeux, le confortant toujours plus dans la foi en la présence réelle du Ressuscité au milieu et à la tête de son Église ! Et quelle joie de prêter notre cœur, notre bouche et nos mains pour donner la vie en plénitude ! De constater de si près combien cette fidélité de Dieu personnellement expérimentée se vérifie pour toute âme, sans exception ! Combien cet « Amour nommé Jésus » rencontré un jour déterminant, brûle de révéler sa présence aimante à chacun ! Frères et Sœurs bien-aimés, pour rien au monde, je ne souhaiterais une autre place que celle-ci ! Et c’est pour cela aussi que je me permets, en vous quittant, de souhaiter à de nombreux jeunes hommes d’y songer sérieusement, à l’ombre de quelque figuier !

Cette joie profonde, qui est la mienne ce soir, je vous la dois en grande partie et veux espérer, avec le soutien de votre prière et de votre amitié, pouvoir la chanter jusqu’à mon dernier jour !

Ce soir, prions justement pour tous ceux que le Seigneur a appelés, ceux qu’Il forme au séminaire…ceux qu’Il a ordonnés…et pour que nos communautés forment des jeunes suffisamment libres non seulement pour entendre l’appel du Seigneur, mais pour oser y répondre généreusement.

Par dessus tout, rendons grâce au Seigneur pour sa confondante fidélité ! Amen.

Comments are closed.