En chaire et en os

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Mc 6, 1-6 – XIV° DIMANCHE DANS L’ANNÉE (5 JUILLET 2015)

Frères et Sœurs bien-aimés, à la lumière de la foi, nous croyons que les événements rapportés par l’Évangile ont une portée qui dépasse le cadre historique immédiat, au point de nous atteindre et ce faisant de nous offrir une clef de lecture précieuse, utile pour le temps que nous avons à vivre. Le chapitre six de saint Marc, que nous venons d’aborder, nous rapporte la difficulté, voire les oppositions, que Jésus a rencontrées à cause d’un manque de foi que Lui-même décrit ainsi: « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison ». Cette résistance au «contact» du Sauveur, existe-t-elle aujourd’hui, en Europe ?

C’est l’Évangile qui continue

Pour affirmer pareille chose, il faudrait commencer par établir que la venue de Jésus est toujours d’actualité ! Ou plus exactement que son retour au pays se déroule effectivement, à travers des prédications et des miracles…. Est-ce le cas ? Assurément ! Car qu’est-ce que l’Église, sinon l’Évangile qui continue ? L’annonce de la Parole de Dieu et l’offre inlassable de sa grâce communiquent et répandent Jésus-Christ, continuent d’étendre réellement la présence et l’action du Seigneur au milieu de nos pays ! La vie active des fidèles et plus encore des consacrés, prolonge effectivement ce mystère. Dès lors, pourquoi ne pas admettre que le Seigneur puisse continuer, comme dans ce récit et pour les mêmes raisons, à rencontrer le refus et le mépris ?

Et comme dans cet évangile, toute personne qui entreprend de témoigner de la foi catholique en France, doit s’attendre à ce qu’on lui dise : on vous connaît déjà, on sait ce que vous allez nous chanter ! Cela fait en effet plus de quinze siècles que nous revenons à la charge… Tout au plus, peut-on espérer susciter l’étonnement devant des paroles ou des actes inspirés qu’on pourrait difficilement nous attribuer : « et ils étaient profondément choqués à son sujet »…

Il a grandi chez nous

Chers amis, il faut admettre ce fait qui conditionne la mission chez nous : Jésus-Christ est né et a grandi en France ! En effet, l’histoire de l’Église se confond en bonne part avec celle de sa « Fille aînée », la France ! Le souvenir de cette enfance du christianisme et de sa croissance sur notre sol, s’il peut nous remplir de fierté – car cette histoire sainte et nationale est belle – reste, paradoxalement, un des obstacles majeurs à l’évangélisation ! Comme pour Jésus, la familiarité semble renforcer le doute ! Oui, comme il est difficile de manifester la nouveauté de la grâce, quand cette manifestation est annoncée depuis si longtemps ! C’est comme si l’ancienneté de la présence du Sauveur chez nous avait d’autant plus permis à la résistance de s’organiser…

Dos-à-dos

À la médiocrité presque innocente d’un monde livré aux mythes païens a succédé une nouvelle configuration dans laquelle coexistent, jusqu’au retour du Christ, deux mondes entremêlés. Saint Augustin décrit cette situation, qui est encore la nôtre, dans une formule extrêmement célèbre :

« Deux amours ont donc bâti deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, la cité de la Terre, l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, la cité de Dieu ».

Oui, au contact de l’Amour divin, dévoilé en paroles et en actes par la vie des chrétiens, une anti culture mortifère s’est développée et organisée plus que jamais. Alors que par la geste des saints, une civilisation de l’Amour sortait de terre, un anti-civilisation de mort s’y greffait, tel le lierre sur une jeune pousse de chêne !

Qu’en 2015, le Conseil d’État français se rende officiellement complice de l’esclavage, à travers la reconnaissance des enfants conçus par GPA, relève bien davantage d’un acharnement que d’un aveuglement. La lucidité qui accompagne ces décisions n’est pas à relativiser, mais à prendre très au sérieux. Dans ce mépris de la vie, dans cette marchandisation hédoniste de l’enfant, comment ne pas sentir la haine envers le Créateur et Sauveur, celle qui inspira les pires régimes athées communistes et nationaux-socialistes, du XX° siècle ? Si Dieu a visité son peuple en Europe, cette rencontre historique a simultanément suscité le meilleur et le pire ! Les civilisations du meilleur et du pire écrivent leur histoire dos-à-dos.

Un discernement plus personnel

Pour autant, et le même saint Augustin y insiste longuement dans sa monumentale Cité de Dieu, nous aurions tort d’imaginer qu’une frontière sépare les deux cités aussi clairement qu’une départementale et bien entendu, que nous serions forcément du bon côté ! Non…

Si ces deux cités sont entremêlées, elles le sont d’abord au fond de nos cœurs ! C’est en vue de nous révéler cela que la Parole de Dieu vient au-devant de nous en priorité ! Cette froideur, cette indifférence, voire ce mépris devant la splendeur et l’inépuisable nouveauté de la grâce nous menacent tous ! La tentation du « déjà vu », « déjà entendu »…la sotte idée de penser que l’Évangile ou la dernière encyclique n’a rien à m’apprendre de nouveau : « N’est-il pas le fils du charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? »Est-ce que je ne connais pas tout cela ? Ne suis-je pas déjà allé à l’école catholique ? N’ai-je pas fait toutes mes communions ? Qu’est-ce qui pourrait encore m’étonner ? Que pourrait-il sortir de bon de Nazareth dont j’ai déjà fait le tour ? Que pourrait-il sortir de bon de cet évangile entendu des centaines de fois ?

La grâce de se (sa)voir faible

N’est-ce pas pour prévenir cette forme de désenchantement ou d’indifférence que le Seigneur nous abandonne à nos propre forces, dans tel ou tel domaine de notre vie ? Permet que nous fassions l’expérience d’une insurmontable faiblesse ?

C’est « pour m’empêcher de me surestimer » explique saint Paul (2 Co 12, 7-10), de me reposer sur « les révélations extraordinaires que j’ai reçues » que « j’ai reçu dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler » ! C’est pour que je puisse redécouvrir cette vérité de la bouche même de Dieu : « Ma grâce te suffit, car ma puissance se déploie dans la faiblesse ».

Autrement dit, j’ai beau régulièrement me laisser aller à croire que les mystères de la foi n’ont plus de secret pour moi, que je n’ai plus grand chose à découvrir de nouveau…la vie se charge de me rattraper ! Sans tarder, elle vient me rappeler qu’il ne suffit pas de connaître le décalogue pour l’observer. Que mille paroles divines et vitales, restées en suspension dans mon esprit, ne sont pas encore rentrées dans ma chair, c’est-à-dire au plus profond de ma personne. Que je ne suis pas évangélisé ! Qu’il me faut, pour vivre en homme mûr, mendier la grâce avec l’avidité d’un nouveau-né ! Redécouvrir humblement et joyeusement ma totale dépendance au Sein de Dieu qu’on n’a jamais vu refuser le don de l’Esprit ! Dans sa miséricorde, par la tentation qu’Il permet ou jusque dans la chute, Dieu me prévient de l’ingratitude. Il m’apprend à Lui quémander le seul pain qui rassasie. C’est pourquoi, selon saint Paul, la découverte de ma faiblesse, loin de m’abattre invariablement, peut devenir un motif d’action de grâce.

Et ce que je dis à l’échelle personnelle est valable à l’échelle politique : certaines déliquescences, pour révoltantes qu’elles soient, pourraient être l’occasion de nous laisser ressaisir par le Christ, de crier vers Lui, de reconnaître que sans Lui, nous ne pouvons rien faire !

Haut les Cœurs !

Alors, puisse la période estivale, avec les déplacements et les changements de rythme qu’elle occasionne, nous permettre de retrouver cette capacité salutaire à nous étonner. Au point de pouvoir nous exclamer à nouveau : « Quelle est cette sagesse qui a été donnée à l’Église et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? Pourrait-il s’agir d’une œuvre seulement humaine ?  » et de remonter jusqu’à la source vive, jusqu’au Fils éternel, Jésus-Christ, « plein de grâce et de vérité » envoyé par le Père dans la puissance de l’Esprit pour nous sauver !

Oui, laissons-nous confondre d’admiration, convaincre de joie, emporter par l’esprit de louange devant les merveilles que Dieu accomplit encore jusque chez nous ! À l’heure où les lois les plus honteuses sont signées, se lèvent un peu partout des fils de Lumière…comme ces innombrables pères de familles rassemblés ce week-end pour pèleriner !

Oui, elle demeure inépuisable, imprévisible et invincible, la grâce du Christ, au vingt-et-unième siècle comme aux premier ! Ne nous lassons pas de l’accueillir avec reconnaissance, de nous laisser conduire par l’Esprit créateur qui fait toutes choses nouvelles, à temps et à contretemps. Amen.

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