En chaire et en os

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Lc 21, 25-36 – I° DIMANCHE DE L’AVENT (29 NOVEMBRE 2015)

En guise de préambule – pour ouvrir l’Année chrétienne – le Seigneur nous dépeint une fresque effrayante : celle de la destruction du monde à la fin des temps ! On peut dire que cela commence bien ! Quelle étonnante carte de vœux !

Plus profondément, nous croyons que les signes donnés par le Seigneur, d’une part, ont déjà commencé à se réaliser (les catastrophes naturelles jalonnent l’histoire depuis longtemps), d’autre part, qu’ils ne peuvent pas être analysés indépendamment d’autres déséquilibres, d’ordre spirituel. Comme nous le rappelle le Pape François, toute écologie, pour mériter son nom, doit être intégrale : elle concerne l’univers dans toutes ses dimensions, au-delà de la seule matière. Il faut donc parler de toutes les pollutions, y compris celles qui affectent l’âme ! Mieux, les signes cosmiques peuvent avoir une portée symbolique. Par exemple, « Les nations seront affolées par le fracas de la mer et de la tempête… » désigne des tempêtes liées au dérèglement climatique, mais pourrait non moins renvoyer au vent de folie qui s’empare, à certaines heures, de l’esprit humain et aux vagues de haine ou d’impureté qu’il provoque ! Ne cessons pas d’aller chercher dans les étoiles ou au fond des mers ce qui ne va pas, mais n’oublions pas le cœur de l’homme et le climat spirituel dans lequel il essaie de vivre !

Ensuite, si Jésus nous parle du « pire » en ce premier jour de l’Année chrétienne, soyons-en certains, ce n’est pas tant pour nous inquiéter que pour nous indiquer où nous mettre à l’abri, comme Il le dit explicitement (Lc 21, 34-36).

Au cœur de la tempête

Prenons alors le temps de réfléchir à la portée de cette recommandation du Seigneur, en nous attardant sur un des symboles qu’Il choisit. Dans l’expérience universelle, quelles sont les pires tempêtes que l’on puisse connaître sur la terre et sur mer ? Celles qui sont liées à des dépressions météorologiques de grande échelle qu’on appelle des cyclones.

Il est intéressant de relever que les cyclones qui sont à l’origine des plus effrayantes dévastations cachent toujours, en leur centre, ce qu’on appelle un « œil ». L’œil du cyclone est une zone de vents faibles et de temps clair, un endroit paradoxalement épargné par la tempête. Elle est ceinturée par un mur où le choc des vents contraires atteint son paroxysme, mais en elle-même, elle offre un endroit sécurisé où la pression est au plus bas.

Aussi, lorsque Jésus avertit que « sur terre, les nations seront  affolées par le fracas de la mer et de la tempête…(et) que les hommes mourront de peur », l’invitation à redresser la tête, à veiller et à prier, indique bien que les disciples sont sensés avoir évité la zone de dépression mortelle. Comme s’Il nous disait : Mettez-vous à l’abri, en ce lieu que J’ai aménagé pour vous, en cet œil dans lequel vous n’avez plus rien à craindre, sinon de le quitter (« nous n’avons qu’une peur au monde, c’est d’offenser notre Seigneur… » comme le chantent les scouts).

L’Église du Seigneur

Que le Seigneur nous ait effectivement réservé un asile accessible depuis la terre, qu’il existe une zone protégée par Lui et spirituellement réservée à ceux qui Le suivent, ce n’est pas une vue de l’esprit. C’est précisément ce qu’annonce la prophétie de Jérémie que nous avons lue :

« Voici venir des jours où j’accomplirai la promesse de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda » (Jr 33, 15). Jérémie n’évoque pas un paradis céleste préparé au terme de l’Histoire, mais un lieu ouvert à partir d’un certain jour (que je vous laisse deviner) : « En ces jours-là, je ferai naître chez David un Germe de Justice qui exercera dans le pays le droit et la justice ». La germination d’un descendant de David inaugure la fondation du Royaume. Il s’agit, bien entendu, de l’Incarnation et de la naissance de Jésus-Christ ! Le bonheur et la paix ne sont pas repoussés à la fin des temps, mais deviennent donc accessibles à partir du moment où le Fils de Dieu vient dans le monde ! À partir de ces jours-là « Juda sera délivré, Jérusalem habitera en sécurité ».

En sécurité ! N’est-ce pas dans l’œil du cyclone ? Au cœur de Jérusalem dévastée, Sion, la cité Sainte restaurée par Dieu tient bon. L’Église en est l’ébauche. En elle, le Seigneur veut offrir, à tout homme, un havre de paix sans égal !

Quelle grâce, pour nous, de connaître l’adresse de ce Lieu où Dieu donne à l’homme sa Paix et l’établit en sécurité ! Et de pouvoir nous y rendre à tout instant, en esprit ! Qu’il s’agisse de fuir les tempêtes du monde (les guerres les plus officielles), les affrontements plus immédiats (un ouragan de malveillance, par exemple) ou encore des vents contraires à combattre, au plus intime de notre âme : nous pouvons et nous devons rejoindre ce lieu, rechercher la paix et la poursuivre (cf. Ps 33) ! Et nous tenir dans cette Paix du Christ que l’Eucharistie nous communique en chaque Messe. Oui, l’Église, c’est l’œil du cyclone, au milieu de laquelle bat le Cœur eucharistique de Jésus ! Où Dieu nous attend. Assurément, toute personne qui communie en état de grâce, c’est à dire après avoir reçu le sacrement du pardon, en pleine amitié avec le Sauveur, peut accéder à cette paix et s’y tenir à l’abri.

Demeurer Là 

Encore faut-il y demeurer, me direz-vous… Les chrétiens sont des réfugiés spirituels qu’aucun confort mondain, qu’aucune paix artificielle ne saurait satisfaire : ils voudraient demeurer dans cette paix plus définitive.

Mais comment faire pour rester dans la paix du Christ ? Saint Paul nous répond : « Que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant, c’est ainsi que vous serez établis fermement dans une sainteté sans reproche ». Une fois à l’abri, à l’intérieur du cyclone, tenons notre propre cœur en éveil ! Un seul faux pas peut être fatal. C’est risqué, car à tout instant, nous risquons de nous faire happer, emporter soudainement par l’une de ces lames ascensionnelles qui entourent l’œil pour en être éjecté au plus loin ! C’est vite fait : une petite médisance chuchotée dans le coin d’un bureau suffit à éteindre en notre âme la flamme de l’Amour et, ce faisant, à nous faire perdre la Paix du Christ !

Loin de tout enfermement

En décrivant l’Église comme un abri antiatomique dans lequel il faut se réfugier à tout instant, ne risque-t-on pas un repli communautaire ?

Non, car la meilleure façon d’approcher les hommes, de compatir, c’est bien d’aller au Cœur de Dieu. Le point de contact le plus intime et le plus universel avec les autres, c’est d’abord la Trinité Sainte. Celui qui s’attache à « demeurer dans l’Amour » se rend très capable d’aller servir ses frères sans perdre lui-même son âme. Plus nous sommes proches de Dieu, plus nous sommes proches des autres. Nous ne perdons jamais notre temps à prier. C’est même la condition de l’amour véritable. C’est en puisant la charité au Cœur de Dieu qu’on parvient à aimer en vérité ! Il ne s’agit donc pas de se replier entre nous mais en Dieu pour être vraiment ouvert au monde !

Ensuite, osons affirmer que l’homme dont le cœur est établi dans Celui du Christ devient lui-même un havre de paix pour les autres ! Dans une maison « normale », l’espace disponible se réduit au fur et à mesure qu’elle se remplit de monde… Tout au contraire, l’Église est une maison surnaturelle en laquelle  se produit ce miracle permanent : plus il y entre de monde, plus on y trouve de place ! Parce que tout baptisé fidèle à la grâce du Christ augmente l’espace d’accueil ! Donc, on ne perd pas son temps à défendre la paix intérieure de son âme : ce travail profite toujours à tous.

Nulle part ailleurs

Parce qu’il ouvre une nouvelle année liturgique, le temps de l’Avent appelle de bonnes résolutions… À la lumière de l’appel de Jésus, qui nous somme de rester debout dans les tempêtes du monde et de notre vie, nous pourrions prendre la décision de devenir un authentique artisan de paix, en accueillant nous-même la paix du Christ, en rejoignant son Cœur. En habitant exclusivement cet espace divin accessible par la foi. Ce « lieu » à partir duquel tout sera restauré. Ce « lieu » que le Seigneur a ébauché en venant parmi nous. Ce « lieu » qu’Il a préservé dans la puissance de sa résurrection et qu’Il étendra aux dimensions de l’univers à son retour dans la gloire. Ce « lieu » où Il compte bien nous retrouver à son Retour.

Oui, laissons, sans regret, derrière nous, ce qui ne peut que vieillir et pourrir !

Abandonnons à la tempête, ce qui pourrait encore donner prise à l’Adversaire, ce qui menace notre âme, notre famille, notre communauté paroissiale, notre pays et l’univers entier !

Au contact du Cœur Eucharistique, laissons Jésus transformer notre cœur humain, pour que son règne arrive !

Assurément, une telle décision exige de prendre des moyens concrets. Nous les connaissons déjà : le sacrement de réconciliation, un véritable engagement dans la prière et de vraies communions eucharistiques… Mais tenir bon dans les tempêtes de la vie, a un prix. Nous ne pouvons rester dans l’œil du cyclone, dans le Cœur de Dieu, qu’avec son aide !

Assurément, c’est en choisissant de vivre ici et nulle part ailleurs, que nous serons non seulement les plus libres des hommes, mais les plus disponibles pour être tout à tous. Amen.

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