En chaire et en os

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Lc 3, 1-6 – II°DIMANCHE DE L’AVENT (6 DÉCEMBRE 2015)

Frères et Sœurs bien-aimés, saint Luc y insiste, c’est en « l’an quinze du règne de l’empereur Tibère », « dans la région du Jourdain », qu’un certain Jean, sous l’inspiration de Dieu, vint exercer une mission de la plus haute importance (Lc 3, 1-6).

La question que je voudrais simplement nous poser aujourd’hui est la suivante : cette œuvre missionnaire accomplie, il y a fort longtemps, dans une région très éloignée de la nôtre, par le Baptiste, a-t-elle encore un rapport avec la vie de l’Église ? Pour le dire autrement, le charisme dont était revêtu ce grand prophète a-t-il été nécessairement transmis dans la suite des siècles ?

Des façons de Dieu

Assurément, si les évangélistes, non moins que la liturgie, accordent une telle importance au récit de ces faits, ce n’est pas seulement pour rendre hommage à l’illustre saint. En réalité, son œuvre doit continuer d’inspirer la mission même du Peuple de Dieu aujourd’hui ! Saint Jean Baptiste, ultime prophète de l’Ancienne Alliance et le premier de la Nouvelle Alliance, nous enseigne une manière de faire qui est une manière de Dieu : préparer le chemin du Seigneur, aplanir sa route…Dieu à toujours l’habitude de précéder Dieu. Cette façon de préparer le terrain sera reprise par les disciples qui seront envoyés en éclaireurs pour préparer la venue du Maître, comme Luc le décrit sept chapitre plus loin (cf. Lc 10, 1). À  cette école, tout chrétien qui veut participer à la mission du Seigneur aujourd’hui, doit apprendre du précurseur. Doit comprendre qu’on facilite la rencontre avec le Maître en préparant sa venue pour ceux qui n’ont pas encore fait sa connaissance. En suivant la métaphore d’Isaïe, Jean accomplit cette oeuvre d’ouverture du passage en comblant les crevasses et en abaissant les obstacles. On le surnomme le Précurseur parce que son travail, situé en première ligne, n’est rien de moins que le grand déblaiement pré messianique annoncé par les prophètes.

Ne pourrait-on pas le qualifier également de facilitateur, voire d’entremetteur ? En effet, l’autre saint Jean, l’évangéliste, nous rapporte que le Baptiste se défend d’être lui-même l’époux en précisant qu’il se réjouit, en qualité d’ami de l’époux, de témoin de la rencontre de l’Époux et de l’Épouse (Jn 3, 29), autrement dit du Fils de Dieu et de l’Église ! Il s’en réjouit depuis longtemps : depuis le sein de sa mère nous révèle la Visitation (Lc 1), mais aujourd’hui, le plan préparé depuis des siècles se réalise enfin : les noces ont commencé et il s’agit de le faire savoir !

Une condition de l’évangélisation

Qu’est-ce que l’oeuvre du Baptiste, cette préparation apostolique, pourrait bien représenter pour nous ?

Rien de moins que la « première clef » de l’évangélisation ! Si celle-ci veut bien être fidèle à l’Évangile, autrement dit, aux «manières de Dieu», la mission consiste donc en premier lieu à faciliter la Rencontre : celle de toute personne (dont l’âme est comme une épouse) avec l’Époux universel, le Christ Sauveur.

Car, au fond, une conversion est essentiellement l’œuvre du Seigneur Jésus qui, dans la puissance de son Esprit, attire à Lui. Une telle transformation n’est jamais une œuvre seulement humaine. Les plus grands saints de l’Histoire de l’Église n’ont converti personne ! Les saints se présentent plutôt comme de bons conducteurs de la grâce, d’efficaces entremetteurs !

Comment pouvons-nous faciliter la rencontre, dans la paroisse du Cœur Eucharistique de Jésus ? Que pourrions-nous favoriser ? Existe-t-il des obstacles à dégager, des ravins à combler ? De quoi disposons-nous nous pour favoriser la rencontre d’un habitant du quartier, avec le Christ Sauveur ? Je me pose la question depuis un peu plus de trois mois. Deux moyens, deux opérations me semblent s’imposer. C’est très simple à retenir, il s’agit d’ouvrir le Cœur avec un grand « C » et son cœur avec un petit « c » ! Respectivement le Cœur du Christ et le cœur de chacun d’entre nous, autrement dit les deux portes de la miséricorde…voire les deux battants d’une même porte !

Ouvrir le Cœur de Jésus

Le Coeur du Sauveur «bat» dans le sacrement de l’Eucharistie, en chaque messe et dans ce trésor sans prix que nous recueillons et conservons dans un tabernacle qui abrite la présence réelle du Dieu vivant. Soit. Mais qu’est-ce qui facilite la venue jusqu’au tabernacle où Dieu voudrait tant être adoré − comme Il s’en plaint douloureusement à Paray-le-Monial ?

Entre autres, la beauté touchante et accueillante d’un lieu qui révèle la fidélité de l’amour divin au milieu du monde ! Précisément, notre église a été pensée et réalisée en ce sens! Comme un écrin, comme une admirable profession de foi en la présence réelle ! Ses vitraux flamboyants, sa chaleureuse fresque et la sobriété de son ordonnancement désignent, tout ensemble, le Cœur brûlant du Ressuscité ! Elle a été bâtie il y a bientôt 80 ans à cet effet, mais, depuis un certain nombre d’années, elle est fermée tout le jour, au point de rendre improbable la fameuse rencontre. Certes, on n’est jamais à l’abri d’un miracle, mais pour tout miracle, vous savez, il faut, en général, un minimum de matière, (ne serait-ce que cinq pains et deux poissons, par exemple ) !

Ouvrir nos cœurs

Deuxième piste, les cœurs des chrétiens du Haut-Ménilmontant ! Eux aussi sont appelés à une ouverture (ou une réouverture) qui pourrait bien faciliter la rencontre avec Jésus ! Le cœur d’un baptisé qui vit du sacrement du pardon et de l’Eucharistie ne rayonne pas moins qu’un tabernacle abritant le Très-Haut ! Ce n’est pas une image. Toute personne en état de grâce abrite la présence réelle ! Personnellement, j’ai souvent envie de faire une génuflexion devant les personnes à qui j’ai remis, au Nom du Christ, le pardon entier des péchés !

À ce titre, comprenons que l’évangélisation est d’abord affaire de fidélité à la grâce, puis de transparence et d’ouverture ! À l’école du Cœur Immaculé de Marie (que nous nous apprêtons à célébrer solennellement), rappelons que notre façon de penser, de parler et d’agir, si elle est rayonnement de cette présence intime du Seigneur, évangélise ! Là où vous habitez, là où vous travaillez, vous escortez Dieu en exerçant la miséricorde et la justice, nous promet le prophète Baruc ! Je ne me lasse pas de rappeler la belle formule du romancier Julien Green qui écrivait que si « L’Évangile est le livre des Chrétiens, la vie des chrétiens est l’évangile des païens ! »

Un unique passage

Enfin, l’ouverture du Cœur de Jésus et celle de nos cœurs devraient correspondre et même se fondre. La chose se produit lorsqu’un fidèle baptisé vient prier dans l’église. Nous atteignons alors les conditions optimales de l’évangélisation, car la parole de Jésus « Je veux que là où Je suis, vous y soyez aussi » s’accomplit et tout est alors possible. C’est en partant de cette correspondance, de cet ajustement que cela a du sens de  partir dans les quatre coins du quartier, à la sortie des métros et sur les marchés ! Pour chacun d’entre nous, il s’agit bien de partir du Maître pour mieux y conduire ! De Le suivre pour mieux Le précéder, à la façon du Baptiste. Selon une disposition qui se prend dans un colloque intime qui s’appelle l’oraison. Laquelle représente, soit dit en passant, déjà un des plus précieux des témoignages. Qu’y a-t-il de plus significatif qu’un chrétien qui adore le Dieu unique en sa présence réelle, eucharistique ? Je ne sais pas ce qui pourrait davantage réjouir mon cœur de pasteur et qui réjouirait surtout celui du Bon Pasteur Lui-même, que le spectacle de personnes accédant enfin à la beauté de notre église et, par là, si Dieu le veut, à la source de l’Amour !

Ma prière, à laquelle vous pouvez vous associer, en ce jour où nous nous réunissons pour réfléchir à l’entrée dans l’année de la Miséricorde et de la Mission, c’est qu’en nous montrant de dignes héritiers de nos pères dans la foi – des bâtisseurs du Cœur Eucharistique –, nous ouvrions grand les portes de notre église et de notre cœur, pour devenir des facilitateurs, des entremetteurs de la Rencontre de l’Épouse avec l’Époux ! C’est à ce prix, que nous pourrons espérer humblement commencer à avoir des cœurs authentiquement catholiques, c’est à dire ouverts des deux côtés : celui du Sacré Cœur de Jésus et celui du monde entier !

Assurément, la mission de saint Jean-Baptiste traverse les siècles de l’Histoire de l’Église… elle doit se prolonger aujourd’hui, dans le Haut-Ménilmontant ! Jusqu’au retour du Seigneur, sans hésitation ni peur, ouvrons grand les portes de la Miséricorde, dégageons les canaux, ouvrons les barrages pour laisser l’Eau Vive jaillir du Coeur de Jésus et irriguer le monde ! Amen.

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